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Retour sur l'hommage rendu à l'abbé JOËSSEL le 19 mai 2026 en l'église Notre-Dame du Perpétuel Secours à Asnières-sur-Seine

Blessé dix jours plus tôt, c’est le 30 mai 1940, veille de la fête du Sacré Cœur, que l’abbé JOËSSEL rend son âme à Dieu, à Ciney, en Belgique.

En accord avec sa famille et à la demande des paroissiens d’Asnières, son corps est rapatrié en France et inhumé le 20 novembre 1949 à Notre-Dame du Perpétuel Secours. Depuis lors, une messe à sa mémoire est célébrée chaque année.

Et depuis trois ans maintenant, elle est précédée d’un hommage militaire rendu à l’officier mort pour la France.

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Ce 19 mai 2026, c'est le colonel LUNEAU qui a ouvert la cérémonie militaire en disant quelques mots de l’officier JOËSSEL :

 

"Monseigneur, Mon général, Monsieur le Préfet, Monsieur le curé, Chers paroissiens,
 

Nous sommes réunis ce soir pour rendre hommage à l’abbé JOËSSEL, à l’occasion de l’anniversaire de son décès, dans une célébration qui se déroulera en deux temps.

  • D’abord un volet miliaire, au cours duquel nous lui rendrons les honneurs après avoir fleuri sa tombe.

  • Ensuite, un volet religieux, en célébrant une messe qui sera aujourd’hui présidée par Monseigneur AYBRAM et concélébrée par notre curé, le père RAPIN, ainsi que par d’autres prêtres, dont le petit neveu de l’abbé JOËSSEL, le père FARWERCK.

Colonel Benoît LUNEAU

Au cours de l’hommage militaire, nous avons pris l’habitude d’intervenir à deux voix pour parler de l’abbé JOËSSEL, en distinguant le prêtre de l’officier mort pour la France.

Ces interventions sont très courtes, elles ont juste pour objet de distiller quelques éléments de la personnalité de cet homme hors du commun, pour vous donner envie de mieux le connaître et pourquoi pas, de rejoindre l’association des amis de l’abbé JOËSSEL, qui a notamment pour objet d’œuvrer à sa canonisation.

Dans quelques minutes, je laisserai la parole au père FARWERCK qui nous parlera de son aïeul, du prêtre qu’il était et de l’aura qu’il avait, notamment chez les jeunes.

Mais avant cela, nous allons dire quelques mots du militaire, parce que si l’abbé JOËSSEL était prêtre, il était aussi officier.


Aujourd’hui, parmi les militaires français en activité, il y a plus d’une centaine de prêtres. Tous sont aumôniers.

L’aumônier n’est pas considéré comme un combattant, au sens du droit de la guerre, il bénéficie, en théorie du moins, d’une protection particulière, comme les médecins militaires par exemple. En clair, ils ne sont pas "ciblables", ce qui signifie qu’on ne doit pas leur tirer dessus.

Actuellement, les aumôniers militaires ne sont pas tous prêtres, puisque cette fonction peut être tenue par des diacres et même par des laïcs, mais en revanche, tous les prêtres militaires sont aumôniers.

Il n’en était pas ainsi pendant la seconde guerre mondiale. Il y avait bien des aumôniers militaires, mais ils étaient recrutés parmi les personnes dégagées des obligations militaires ou réformées.

Les jeunes hommes dans la force de l’âge, comme l’était l’abbé JOËSSEL en 1939, étaient susceptibles d’être mobilisés pour faire la guerre.

Les prêtres et les séminaristes avaient progressivement perdu, à la fin du XIXème siècle et au début du XXème, les exemptions dont ils bénéficiaient et qui les dispensaient de porter les armes en cas de conflit.

Quand la mobilisation générale a été décrétée le 1er septembre 1939, l’abbé JOËSSEL, qui avait fait son service militaire comme officier de réserve, a dû rejoindre le 30ème régiment d’artillerie divisionnaire automobile.

Il a été affecté à la 7ème batterie de ce régiment, en qualité de lieutenant, et s’est retrouvé, comme tous les prêtres dans sa situation, sous l’uniforme, avec le devoir de porter les armes et, le cas échéant, celui d’enfreindre le 5ème commandement... Il était devenu un combattant, comme tous les hommes de sa génération.

Cette situation, commune à tous les ecclésiastiques, préoccupait tout particulièrement le Saint Père qui a publié une exhortation apostolique aux prêtres et clercs appelés aux armées. Dans ce texte, Pie XII proposait quelques lignes de conduite. Il mentionnait notamment que si les prêtres sous l’uniforme avaient changé d’habit, leur esprit sacerdotal ne devait pas changer.

Il relevait que ces prêtres allaient être mis au contact d’hommes de toute éducation, de toute conduite morale, de toute culture, souvent éloignés de Dieu et il les enjoignait à être « sous les armes le vivant apostolat de Jésus-Christ [...] par la conduite la plus irréprochable ».

Le lieutenant JOËSSEL, prêtre, s’est efforcé d’appliquer le mieux possible cette exhortation apostolique.

François VEUILLOT, dans la biographie qu’il lui a consacrée, rapporte, je cite, que : «Dans l’ambiance militaire, il s’efforçait de créer une atmosphère religieuse. Il voulait ressaisir et surélever l’élite par des veillées de prière, par des récollections, de petits cercles d’étude »...

Nous avons également des témoignages, qui ont été rassemblés plus récemment par le père FARWERCK, qui rendent compte de certaines des messes que l’abbé JOËSSEL a célébrées, notamment à Noël 1939, dans une grange mise à disposition par ses propriétaires pour l’occasion.

Bien que lieutenant, l’abbé JOËSSEL n’a jamais cessé d’être prêtre.

Je vais maintenant céder la parole au Père FARWERCK pour qu’il puisse nous rendre compte des témoignages qu’il a rassemblés sur son aïeul, pour qu’il nous parle du prêtre qu’il était avant ou pendant le conflit, selon son inspiration."

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Quel prêtre était l’abbé JOËSSEL ?

"Pour répondre à cette question il me semble que le plus sûr est de partir de ce que lui-même disait du sacerdoce. Je préfère lui laisser la parole.

Pour commencer 2 brèves citations - ou plutôt confidences - rapportées par l’abbé Jean BOYER CHAMMARD
 :
Au lendemain de son ordination sacerdotale, dans le jardin des Carmes (son séminaire) : « Voulant exprimer la petitesse du jeune prêtre qui ne peut réaliser ces grâces, causant un soir avec moi dans le jardin des Carmes, il me disait d’un ton très simple : ‘’C’est trop, c’est trop pour nous !’’ ».
Qu’est-ce que le sacerdoce ? on ne nous montre pas assez l’essentiel, … on ne nous montre pas assez le Christ…  Cela dit déjà la haute conscience que Daniel avait de la « magnifique mission » du prêtre, la conscience qu’il avait de la grandeur du sacerdoce."

Père Cyril FARWERCK

Le temps imparti pour l’intervention étant de cinq minutes seulement, toutes les précisions et anecdotes n’ont pu être mentionnées. L'intégralité de l'intervention du Père Cyril FARWERCK est à retrouver dans le PDF ci-dessous.

A la suite de ces deux allocutions, les honneurs ont été rendus à l'abbé JOËSSEL et des gerbes de fleurs déposées au pied de sa tombe.

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A l’issu de l’hommage militaire, une messe, présidée par Monseigneur Yvon AYBRAM, a été célébrée en présence notamment des membres de l’association "Les amis de l’abbé Daniel JOËSSEL". Fondée en décembre 2025 cette association, en lien avec le diocèse de Nanterre, a pour but de recueillir archives et témoignages concernant l’abbé JOËSSEL pour recueillir les preuves d'une éventuelle sainteté.

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C'est Monseigneur Aybram qui a donné l'homélie dont voici le texte :

 

"À LA MEMOIRE DE L’ABBE JOËSSEL – 19 MAI 2026 Homélie à Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours - Asnières
 

1. L’abbé Daniel JOËSSEL, dont la mémoire vient d’être évoquée au cours de l’hommage militaire qui lui a été rendu, est l’un des 65 prêtres du seul diocèse de Paris (ancien département de La Seine) « morts pour la France ». Il faut savoir qu’au moment de la fin de la guerre de 1945 il en restait 273 en captivité.

Ce soldat, cet officier est décédé le 30 mai 1940 des suites d’une blessure reçue quelques jours plus tôt sur le champ de bataille. Son comportement lui vaudra d’être fait chevalier de la Légion d’Honneur deux ans plus tard.

Mais ce soldat était avant tout un prêtre ordonné en 1935 et qui débuta son ministère ici même, à Asnières en particulier au service de la jeunesse masculine.

Bien des témoignages disent le secret de cet homme : la messe, le sacrifice eucharistique et c’était la source de sa « joie sereine, expansive et lumineuse (qui) transparaissait dans sa manière de célébrer la messe » comme l’écrivit François VEUILLOT son premier et illustre biographe (« Un vicaire de banlieue, l’abbé Daniel JOËSSEL » collection Belles vies sacerdotales, Bloud et Gay, Paris, 1942, p. 81) et comme vient encore de le rappeler son petit-neveu.

Sans doute peut-on mettre dans la bouche de Daniel les paroles de saint Paul que nous venons d’entendre : « En aucun cas, je n’accorde du prix à ma vie, pourvu que j’achève ma course et le ministère que j’ai reçu du Seigneur Jésus : rendre témoignage à l’évangile de la grâce de Dieu. » (Ac 20, 24).

Quelques soient les hommages qui lui sont rendus fort légitimement aujourd’hui, à cette heure, à quelques jours de la Pentecôte, nous célébrons ce à quoi il a voulu consacrer toute sa vie : la messe ; et c’est en communion avec lui que nous la célébrons ce soir.

2. L’abbé Daniel JOËSSEL a subi la guerre et ses lots de malheurs, et nous ne connaissons que trop le nombre des guerres et des combats qui continuent de déferler avec acharnement partout dans le monde et dans notre environnement.

Nous avons bien conscience de l’importance des armées, de la responsabilité des autorités politiques et économiques, mais nous mesurons surtout l’engagement qui doit être le nôtre à tous pour que la violence, la soif de vengeance, la brutalité ne l’emportent pas sur le désir de paix et de justice : car l’une ne va pas sans l’autre comme en a éloquemment témoigné au Moyen Âge saint Yves, ce juge et ce curé de paroisse que nous fêtons ce 19 mai.

Comme aime à le rappeler le Pape Léon XIV depuis le début de son ministère : « il s'agit de la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et une paix désarmante, humble et persévérante. » (message pour la Journée de la Paix, 1er janvier 2026). Il le disait encore avant-hier : « Prendre soin de la paix, c’est prendre soin de la vie ! » (Regina cœli, 17 mai 2026).

3. Les témoignages nombreux recueillis au cours du temps montrent que l’abbé Daniel JOËSSEL a voulu à sa manière « prendre soin de la vie » et qu’il l’a enseigné à ceux auprès de qui il fut envoyé, à commencer par les enfants et les jeunes (« Notre vie » était même le titre qu’il donna au bulletin qu’il leur destinait) et jusqu’à ses compagnons de combat.

Bientôt, je l’espère, Monsieur le Président, débutera l’enquête diocésaine en vue de sa canonisation, c’est-à-dire de la reconnaissance par l’Église que, malgré les limites et les faiblesses dont il faisait lui-même état, il s’est laissé façonné par l’Esprit Saint et par l’Évangile. Il est de ceux que, comme nous venons de le pro- clamer, Jésus confie à son Père : « Ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues. » (Jn 17, 7-8).

4. Le 13 décembre dernier, à Notre-Dame de Paris, j’ai eu la grâce de participer à la cérémonie de béatification des « Cinquante martyrs de l’apostolat », le cardinal Jean-Claude HOLLERICH, archevêque de Luxembourg et délégué du Pape déclarait dans son homélie : « Tous, sans exception, ont fait de leur vie, de leur activité, de leur emprisonnement et de leur martyre un service, et quel service ! Ils ont suivi Jésus, en authentiques disciples, mettant leurs pas dans les pas de leur Maître. »

Frères et sœurs, nul doute que ce jugement du Cardinal s’applique parfaitement à l’abbé Daniel JOËSSEL. Puisse son exemple, dont nous désirons tous à bon droit qu’il soit mieux connu, nous inciter à en faire autant au service de la paix et de la vie en ce temps où jusque dans notre pays elles sont menacées.

Amen."



A l'issue de la messe, un pot de l'amitié et une séance de dédicace des deux derniers ouvrages sur l'abbé JOËSSEL.ont clôturé cet hommage.

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