Lettre du Commandant BALFOURIER
à Monsieur François VEUILLOT

   Marcel BALFOURIER, né à Orléans le 19 juillet 1888, est décédé à Orléans le 14 mars 1962. Commandant d’artillerie, décoré de la Croix de guerre, chevalier de la Légion d’honneur.

                                                                                          Orléans, le 5 Déc. 1940

                                                          Monsieur,

      J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre relative à Monsieur l'Abbé JOËSSEL.
      Par malheur le lieutenant JOËSSEL ne faisait pas partie de mon Groupe et, de ce fait je n'ai eu avec lui que des contacts trop peu fréquents à mon gré, et je crains que mes souvenirs ne vous soient que d'un faible secours pour la tâche que vous avez bien voulu entreprendre.
      Mes premières relations avec JOËSSEL datent du temps où il faisait son armée de service à Orléans au 30ème d'Artillerie comme Sous-Lieutenant où j'étais déjà un capitaine connu. C'était alors un jeune officier plein d'entrain et d'allant et un séminariste dont l'amour pour le bien et la foi permettaient de prévoir le Prêtre qu'il deviendrait.
     Je l'ai retrouvé à la mobilisation tel que je l'avais connu à nos premières rencontres. Officier très actif, excellent chef plein de sollicitude pour ses hommes et aussi de fermeté dans son commandement, bon camarade, gai, aimable, très digne sans raideur et toujours prêt à rendre service.
     Comme prêtre j'ai particulièrement gardé le souvenir de deux de ses sermons donnés dans ses Messes militaires.
       Dans le premier, en 1939, il exaltait l'esprit de sacrifice. Il avait choisi comme cas concret l'exemple d'un de nos camarades qui était son ami très cher et qui était tombé les premiers jours de la campagne. Sa voix vibrait tour à tour de l'ardeur du Prêtre et de l'émotion de l'ami.
     Dans le second prononcé le jour de la Toussaint 1939 il avait repris ce thème du sacrifice qui était comme une prémonition de celui qu'il avait à offrir.
     Il nous le montrait comme la source inépuisable de la Grâce. Il insistait sur les dispositions du cœur avec lesquelles il convient d'accepter et même de désirer les épreuves pour mériter la Miséricorde Divine et fléchir la Divine Colère.
      Par un mot, par un regard, à ceux qu'il savait dans l'épreuve, il nous avait prouvé à tous individuellement son infinie compassion et l'émotion qui en résultait pour tout l'auditoire était profonde.
      Pendant l'hiver 1939-1940 et avec l'aide de quelques camarades (en particulier Lts Pierre et François SELLIER, 36 rue de Colombier Orléans) il avait groupé les anciens Scouts et ces réunions avaient le plus vif succès jusqu'au moment où l'éloignement du 3ème Groupe ne permit plus à JOËSSEL de s'en occuper.
      Comme ami j'ai souvent conversé avec lui. On sentait dans ses paroles son amour profond du prochain et surtout des jeunes qu'il comprenait si bien. Il m'a souvent parlé des chers enfants de ses patronages avec une tendresse de grand frère. Il avait certainement su toucher leur cœur comme le prouve la surprise qu'ils lui firent en allant tous, joyeusement, l'attendre à la gare lors de sa première arrivée en permission.
      L'annonce de sa mort a été pour moi un vif chagrin mais pas un étonnement. Il était une de ces âmes si belles qu'elles ne pensent qu'à s'offrir en holocauste et l'offrande est si pure que Dieu l'accepte avec joie tant elle Lui rappelle celle du Divin Sacrifié.
      Je vous prie de m'excuser pour cette lettre un peu longue mais au fond un peu vide. Je regrette de ne pouvoir vous en dire plus sur le cher Disparu qui dans sa modestie parlait bien peu de lui-même.

   Je vous prie de croire Monsieur à mes sentiments respectueux et dévoués.

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