Lettre de l'abbé André LALANGE à
Monsieur François VEUILLOT

   André LALANGE, né le 26 mars 1914 à La Haye-Descartes (Indre-et-Loire) et décédé le 23 mai 1983, à Tours. Il a été ordonné prêtre le 25 mars 1939, à Tours et a rencontré l’Abbé JOËSSEL à la guerre, où il servait comme sous-officier.

                                                                                          Tours, le 1er Décembre 1940

                                                           Cher Monsieur,

     C’est avec une très vive joie que je vous adresse le peu que je sais sur Monsieur l’abbé JOËSSEL. Je suis trop heureux d’apporter la toute petite part de mon tribut à la mémoire du saint qu’il fut.
      J’ai fait la connaissance de l’abbé JOËSSEL dès le début de la campagne avant la Sarre, aux premiers jours de septembre 1939. C’était aux environs de Verdun, le colonel m’avait envoyé dans les 3 groupes du régiment pour voir comment pourrait s’organiser le service religieux. De ce 1er contact rapide et lointain je ne garde qu’un souvenir confus mais il m’est restée très nette l’impression de fraternelle et de chaude bonté de ce premier accueil.
     Je n’étais que sous-officier mais dès l’instant où je m’étais présenté comme prêtre il me recevait comme un frère reçoit son plus jeune.
     C’était surtout à Hazebrouck durant les 1ers mois de l’hiver 39-40 que j’ai pu l’apprécier, lorsque son groupe vint cantonner à proximité du PC du Colonel. Lui-même logeait à quelques pas. Je le voyais chaque matin à l’Église ND de Lourdes où nous disions notre messe. La chose

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      Après l’action de grâces, souvent nous nous retrouvions au presbytère où le bon Monsieur BOGAERT, curé de ND qui vient de mourir, nous offrait à déjeuner. Quels bons moments que ces quelques minutes de la matinée passées ensemble. Tantôt gaies et illuminées par son rire si franc, tantôt plus sérieuses lorsqu’il était question d’apostolat, de difficultés rencontrées.

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      Nous nous retrouvions quelquefois le soir lorsque m’esquivant du bureau du colonel je pouvais aller bavarder 1/4 d’heure avec lui. Devant le volumineux courrier toujours en chantier sur son bureau c’étaient quelques instants de conversation pleine d’abandon. A diverses reprises il m’a remonté le moral un peu en baisse dans la monotonie du bureau et de l’hiver. Il me racontait ses essais pour améliorer le sort de ses hommes, les distraire, leur faire oublier les tristesses du foyer lointain. C’étaient également ses Cœurs Vaillants, cette liaison qu’il avait établie entre eux et ses hommes par lettres et colis.
      Grâce à lui put s’établir un petit cercle d’études dans le 2è groupe; cercle qui fonctionna hélas trop irrégulièrement en raison du temps, des travaux ou manœuvres mais qui marcha tout de même quelque temps.
      Un dernier souvenir c’est un sermon dans l’Église de Borre : si ma mémoire est bonne il traitait de la valeur rédemptrice de la souffrance. Je me rappelle le vieux commandant du 2è groupe Cdt BALFOURIER pleurant en l’entendant. Ce thème de la valeur rédemptrice de la souffrance et du sang devait lui être cher. Il m’en parla au cours d’entretiens particuliers.
     Voilà, cher Monsieur, mon petit bouquet pour honorer la mémoire de l’abbé JOËSSEL, bouquet modeste peut-être mais que je garde précieusement.

   Puissent ces quelques souvenirs vous être utiles dans votre travail et servir à faire rayonner la sainteté de Monsieur JOËSSEL pour le plus grand bien des âmes.


        Recevez, cher Monsieur, l’expression de ma religieuse et sincère considération.

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