La mort de l'Abbé JOËSSEL

    Le 20 mai 1940, l’abbé JOËSSEL est blessé. Le 26 mai, il écrit un petit mot à sa sœur: « Je ne suis que blessé et prisonnier. Il aurait pu m'arriver pire. Je suis bien soigné et, d'après le toubib, je serai tiré d'affaire d'ici peu. ». Sa sœur le reçoit le 9 juillet...

Puis, plus aucune nouvelle jusqu’au 5 septembre, jour où l’abbé MASSART, qui l’assiste à l’heure de sa mort, fait le récit de ses derniers instants. La lettre arrive le 12 septembre à Asnières. Elle est adressée au curé, le Chanoine MULLER.

                                                                               Aumônier du « Mont de la Salle »

                                                                                                        Ciney (Belgique)

 

                                                                          Écrite le 5 septembre 1940

                                                     Reçue le 12 septembre

 

Monsieur le Chanoine,

 

       Je suppose que, par la voie officielle, vous avez été averti du décès survenu à Ciney (Belgique) le 30 mai dernier de votre vicaire Monsieur l’abbé Daniel JOËSSEL.

       J’ai plus d’une fois -sans succès- essayé de vous faire parvenir quelques détails sur les derniers jours de ce saint prêtre.

      Je considère comme une des grâces de mon Sacerdoce d’avoir pu le connaître et l’assister à ses derniers moments.

 

       Une grande maison des Frères des Ecoles Chrétiennes établie à Ciney avait été, par les Allemands, transformée en hôpital.

       Des blessés français et belges y étaient amenés comme les blessés allemands, mais soignés par des médecins et infirmiers français, prisonniers.

       En ma qualité d’Aumônier de la maison, je pus rendre quelques services à ces chers soldats et c’est ainsi que le 27 mai vers midi, je m’entendis appeler par un blessé que l’on amenait précisément. C’était le Lieutenant JOËSSEL, blessé à la poitrine et assez affaibli. Il se fit connaître à moi, et je lui donnai, bien ému, l’accolade confraternelle.

       L’après-midi, il me dit : « Ça ne va pas bien... » et j’entendis sa confession.

     Le lendemain 28, il me demanda de bien vouloir prendre à la dictée trois lettres adressées à son curé, à un de ses collègues vicaire et à sa sœur.

      Quand j’eus terminé, je lui demandai la permission de l’embrasser au nom de tous ceux qui l’aimaient : « Bien volontiers... Grand merci ! »

      La veille, comme des infirmiers l’emportant sur son brancard vers une chambre de l’étage lui demandaient s’il ne désirait rien : « Non, mes enfants... Sinon vous demander pardon de toute la peine que je vous donne. »

      À un moment donné, je lui faisais remarquer que nous achevions l’octave du S. Sacrement : « Tout cela est bien loin pour moi... sauf Dieu ! »

       Le jeudi 30 mai, comme la situation s’aggravait, il reçut vers midi, l’Extrême Onction. Avant de lui donner la bénédiction Apostolique, je lui demandais s’il renouvelait le sacrifice de sa vie pour l’Église, les Âmes objet de son ministère (« ses chers enfants ! »), la Patrie : « Avec grande joie ! »

       Il demandait à Dieu « pardon de toutes ses infidélités ».

      

      

      Nous étions aux premières vêpres du Sacré-Cœur; vers 2 heures, le mourant regarda sa montre de poignet : « C’est long... ». Je lui dis :  il va être trois heures... vous avez (je le pensais) trente-trois ans comme notre divin Ami... Continuez la Ressemblance jusqu’au bout par une pleine union de volonté avec Jésus... pour les âmes.   

     Je lui demandais de me bénir : il étendit une main défaillante pour esquisser un signe de croix qu’il exprima une seconde fois en me signant le front. Comme je ne pouvais dissimuler mes larmes, il me regarda avec un large sourire.

     Je dis les prières des agonisants pendant que la respiration devient de plus en plus difficile et à 2h 55 en un dernier spasme ce saint confrère remit sa belle âme à Dieu.

 

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      La Ste Messe fut dite pour lui dès le lendemain, ainsi que le 15 juillet, anniversaire de sa naissance.

     Je vous serais reconnaissant, Monsieur le Chanoine, de bien vouloir faire tenir ces détails à Madame Bernard TOUVET à qui il ne m’est pas possible d’écrire actuellement, ainsi qu’à M. l’Abbé FOUQUES-DUPARC en y joignant le mot qui leur est destiné.

     Dès que vous pourrez m’écrire, je serai heureux, Monsieur le Curé, de savoir si ce message vous est parvenu - et d’y ajouter tous détails que vous désiriez connaître, - encore que je crois vous avoir dit ici tout ce que j’ai retenu.

     Le cher Abbé est enterré dans la propriété des frères où sa tombe est pieusement entretenue et visitée.

     Veuillez trouver ci-contre le message dicté à votre adresse, ainsi que les deux autres dont il est parlé plus haut.

      Agréez, Monsieur le Chanoine, l’assurance de mon religieux respect.

 

Abbé MASSART

Aumônier du « Mont de la Salle »

Ciney (Belgique)

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Au premier plan, la tombe du Lieutenant JOËSSEL au mont de la Salle, Ciney, Belgique.

     L’abbé Henry MASSART (1899-1982) fut aumônier de 1937 à 1943 du Mont de la Salle, une Maison des Frères des Écoles chrétiennes à Ciney en Belgique, transformée en hôpital par les Allemands.
      Il a entendu la dernière confession de l’abbé JOËSSEL, lui a donné l’extrême onction, a reçu sa dernière bénédiction et a recueilli son dernier sourire.
      Il fut le 1er Recteur des Sanctuaires de Beauraing, de 1943 à 1972, dont le culte fut autorisé le 2 février 1943 et le caractère surnaturel des faits reconnu en 1949.
 
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