La dernière colonie

      Chaque été l'abbé JOËSSEL organise une colonie.

Elle est pour lui l'occasion d'unifier les différents mouvements de jeunes dont l'abbé MULLER lui a confié la charge mais surtout de les immerger dans un bain cent pour cent chrétien, de les "prendre en main" afin qu'ils puissent ensuite "rayonner le Christ". C'est pour lui un champ d'apostolat privilégié, où il met toute son âme, son "chef-d'œuvre" écrira François VEUILLOT dans La Semaine Religieuse de Paris.

      La colonie de l'été 1939 se déroule à Laps, en Auvergne. Elle sera la dernière dirigée par l'abbé JO puisqu'à la fin août il reçoit son ordre de mobilisation et doit partir précipitamment pour rejoindre son régiment.

      Le journal La Croix d'Auvergne en date du 27 août 1939 se fait l'écho de cette colonie.

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Laps

      Colonies de vacances. -- "Ici", un ciel bleu, un cadre vert, à l'horizon, les Dores neigeux ; "ici", un air sain, des eaux pures surabondantes, des excursions multiples ; "ici", une grande maison inoccupée où les rats rongent le bas des portes pour pénétrer dans les locaux interdits ; "ailleurs", un oxygène respiré trois fois, le bitume, l'asphalte, la demi-certitude d'être écrasé en traversant la chaussée. Si l'on offrait cet "ici" à cet "ailleurs". La colonie de vacances ? Une mode ? Possible, à coup sûr une œuvre de choix pour la formation d'une âme saine dans un corps sain, lorsqu'elle est chrétiennement pensée.

      L'idée était belle et bonne, mais sa réalisation n'allait pas seule. Trois quarts de siècle marquent leur empreinte, même sur un bel immeuble et le service d'hygiène a des exigences précises, très en augmentation sur ce qu'elles étaient il y a soixante-quinze ans. Pourra-t-on ? On fera du moins tout ce que l'on saura.

      Publicité d'abord... Et les demandes d'affluer : le Midi, l'Ouest, Paris. Qui l'emportera ? Le plus rapide et le plus débrouillard. M. l'abbé JOËSSEL, vicaire à Asnières. Et puis, c'est le bel élan si simple, si cordial, si généreux de la Congrégation de la Miséricorde de Billom, propriétaire, pour mettre les locaux au point.

      -- On a peu de temps, ce ne sera jamais prêt !

      -- Si, si, affirme l'entrepreneur, et il tient parole.

     

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      Et, maintenant, la grande maison rit de toutes ses fenêtres ouvertes, où se profilent, puis disparaissent, les silhouettes graciles et le béret brun écussonné des plus jeunes, les musculatures étoffées et le drôle de calot à pompon mouvant des aînés.
     -- Mais nous n'avons pas seulement donné, nous avons aussi beaucoup reçu. MM. les prêtres de la Colonie, M. l'abbé JOËSSEL, directeur, et M. l'abbé VEUILLOT, qui porte un nom illustre, ont bien voulu assurer -- et avec quelle autorité -- le service paroissial, procurant ainsi à M. le curé un repos, hélas ! nécessaire. Grands et petits nous ont apporté l'exemple de leur piété, de leur souple discipline, leur collaboration aux offices paroissiaux, leurs chants, leur sourire. Chacun s'est rajeuni à leur jeunesse, revivifié à leur vie.
     Puis spontanément, gracieusement, au soir de l'Assomption, la Colonie nous a offert le charmant régal d'un feu de camp. A la lueur dansante des sarments embrasés, dans le crépitement des étincelles, nous furent donnés une intéressante série de chants, de mouvements, de saynètes, de farces.
     "On ne s'ennuie pas, mais les heures doivent bien passer me confiait un spectateur et l'on continuait d'applaudir le ban chinois, le petit ténor, la farce de la belle-mère, les mimiques indescriptibles, les souples -- oh ! combien -- mouvements, l'entrain du metteur en scène et de ses acolytes.
     M. le chanoine MULLER, curé d'Asnières, arrivé depuis quelques heures, présidait. Il eut pour la population des paroles d'une extrême amabilité.
     Et, brusquement, mercredi, pour mettre le sceau à l'œuvre de nos bonnes volontés, la bonne nouvelle : S. E. Mgr l'évêque de Clermont visitera la Colonie, accompagné par S. E. Mgr l'évêque d'Agen. La réception s'improvise dans la joie : Mgr l'évêque de Clermont est un chef tant aimé dans le diocèse.

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Mgr l'évêque d'Agen arrive précédé d'une si heureuse réputation. L'un et l'autre n'ont rien démenti de ce que l'on attendait d'eux : bons, paternels, souriants, spirituels, humoristes, éloquents. Ils ont fait applaudir les noms et les dévouements qui permettent à l'œuvre de vivre et donné de précieux conseils.
     A la colonie s'était joint, malgré sa fatigue, M. l'abbé JOAL, curé dévoué de la paroisse et aussi M. le général JACOMET, président cantonal de l'Union des Catholiques, MM. COSTE et VOISSET, membres du Conseil de paroisse, M. CHOSSIDIÈRE, vice-président de la section locale de l'U.N.C. et de nombreux paroissiens.
     Sur les têtes inclinées, Nos Seigneurs les Evêques ont élevé leurs mains pour bénir et cette bénédiction reste comme un gage de l'appel divin pour l'œuvre de la colonie, pour ceux qui l'ont reçue et, par delà eux, suivant l'énoncé de Monseigneur, pour leurs parents, leurs familles et ceux qui leur sont chers.