Prêtre et soldat

« Merci beaucoup de vos prières ! Nous en avons
bien besoin pour rester intégralement prêtres au
milieu de notre vie d’officier ou de soldat. »

Daniel JOËSSEL le 15 novembre 1939.

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Daniel JOËSSEL a été mobilisé comme tous les français de sa génération quand la seconde guerre mondiale a commencé.


Trois frères et un beau-frère mobilisés. Daniel est le 2ème à gauche.

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      Il était officier et avait la responsabilité des hommes qu’il commandait. Pendant ce temps d’épreuve, il est toujours resté prêtre, cherchant à célébrer la messe tous les jours, à prier, à confesser, à rendre service, à soutenir le moral des soldats, à évangéliser… arrivant à former quelques groupes de réflexions, ses ‘cercles d’étude’.
Au début de la guerre, il écrivait :
"Le moral des troupes est excellent. J'ai pu dire ce matin ma messe et ce fut pour moi une grande joie."

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Lettre du 2 septembre 1939 à sa sœur

      Il n’est pas aumônier, cependant, raconte le Père Jean BOYER-CHAMMARD : « Avec ses hommes, il est très discret au point de vue apostolique – ses fonctions l’y obligent. Mais son sacerdoce rayonne. » Souvenirs sur l’abbé JOËSSEL du 3 juillet 1941.

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Il y a quelques bons moments sur le front :
    
« Dans la division d’à côté, il y a un de mes oncles et mon cousin, le P. NAU, que vous connaissez pour l’avoir vu sous un autre uniforme. Il est officier aussi et commande une Cie de fantassins. Ce voisinage est fort sympathique, nous avons passé notre journée de dimanche ensemble ; elle s’est terminée par les Vêpres à l’abbaye St. Paul de Wisques. J’avais emmené dans ma superbe 14 chevaux Renault 3 bénédictins + mon chauffeur (entrepreneur des pompes funèbres !.. en cas d’accident).
     Vous voyez donc que grâce à ces rencontres providentielles, mon moral est excellent et je tâche de le maintenir aussi haut que possible, de peur des coups durs. »

      Lettre à Madame HENTIENS, du 6 décembre 1939.

      Quelques mois plus tard, dans une lettre à sa sœur du 17 mars 1940, il raconte :
« Tous les matins, je pense à vous tous ; j’ai la joie de pouvoir dire ma messe tous les matins et tu comprends bien que tu n’es pas négligée dans cette demi-heure qui est le centre de ma vie.
     Toujours bonne entente avec les camarades. Le colonel continue à suivre mes prédications et je crois que je sortirai de la guerre, sachant bien parler, car c’est tous les dimanches que je suis de mon sermon, et je suis bien obligé de ne pas dire trop de bêtises devant un public respectable et instruit. »


      Parfois aussi, dans les périodes de calme relatif, il rendait service dans les paroisses, comme à Cléty, dans le Pas-de-Calais où un prêtre qu’il qualifie d’ « absolument épatant » (Lettre de Daniel à sa sœur du 29 mars 1940), l’abbé RATHÉ, le logeait au presbytère.


      Là, comme au milieu des jeunes d’Asnières, il ne laissait pas indifférent par sa vie et sa personnalité, par la célébration du Saint Sacrifice et par ses prédications.
     L’abbé RATHÉ raconte dans une lettre du 27 décembre 1940, après avoir appris la mort de l’Abbé JOËSSEL (extraits) :
     
 

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L'abbé RATHÉ

    « J'ai été bien peiné en apprenant la mort du cher abbé JOËSSEL. Il était si aimable et si serviable qu'il avait tout de suite la sympathie de ceux qu'il approchait. […]

    Presque chaque matin je l'accompagnais à l'Église pour lui servir la messe, car son servant arrivait souvent en retard ou ne venait pas du tout. Dès les premiers jours j'ai été édifié par son attitude à l'autel et le souci qu'il avait de prendre tout le temps nécessaire pour bien célébrer sa messe. Dans le jour, je le voyais peu, car le bureau de sa batterie était assez loin du presbytère et il estimait que son devoir était de rester avec ses hommes pour se rendre compte par lui-même qu'ils ne manqueraient de rien. […]        Le matin du 10 mai, aussitôt que son régiment fut alerté pour le départ, M. JOËSSEL vint m'en avertir et ajouter : "Cette fois, l'attaque allemande est déclenchée ; ce sera terrible pour nous qui sommes les premiers à marcher, parce que régiment motorisé, et, à moins d'une blessure qui nous éloigne miraculeusement du carnage, il y a peu de chance d'en revenir." Il s'en retourna ensuite auprès de ses hommes pour veiller aux préparatifs de départ. Il revint chez moi au début de l'après-midi, se confessa, me demanda ma bénédiction et me fit ses adieux… »   

Le lieutenant JOËSSEL défendra la France tant qu’il pourra et en aura les moyens matériels et humains. Blessé le 20 mai 1940, il sera transporté dans un établissement des Frères des Écoles chrétiennes transformé en hôpital ; il y mourra le 30 mai 1940, assisté par l’abbé MASSART qui a raconté ses derniers instants et sa mort.

 


      En janvier 1942, il reçoit à titre posthume la croix de guerre et un peu plus tard, il est fait Chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume. Le Décret est du 17 avril et parait au Journal Officiel le 24 :

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Photo prise en Octobre 1939 en Sarre, près d’Erching,

non loin de la Blies.
Officiers du 2ème groupe du 30ème RAD

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De gauche à droite :
Lieutenant VALENSI, Lieutenant de SAVIGNAC, Lieutenant ?, Capitaine PICQUET, Lieutenant
JACHET, Commandant DUBOURG, Lieutenant DOUCE, Lieutenant NAL, Lieutenant TIXIER,
Lieutenant TERNOIS, Lieutenant BERTHOLLET, Lieutenant JOËSSEL.

Photo prise en Novembre 1939 à Borre Près d’Hazebrouck après une remise de Croix de guerre au Commandant DUBOURG du 2ème groupe du 30ème RAD. Il avait été blessé en Sarre en Octobre 1939, son véhicule chenillé ayant sauté sur une mine.

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De gauche à droite :
Lieutenant JOËSSEL, Lieutenant TIXIER, Lieutenant NAL, Lieutenant JACHET, Lieutenant ?,
Capitaine PICQUET, Lieutenant LANCRENON, Commandant DUBOURG, Lieutenant VALENSI,
Lieutenant LEFEVRE, Lieutenant BERTHOLLET, Lieutenant DOUCE, Lieutenant de SAVIGNAC,
Lieutenant TERNOIS, Sous-Lieutenant VERRY + 2 autres.